L’Allaitement : la torture des femmes ?

J’ai fait le choix d’un titre voulu provocateur, mais je vous invite à lire l’article pour comprendre 😏

En cette semaine mondiale de l’allaitement, j’ai eu envie de vous en parler comme une amie l’avait fait pour moi. Je n’étais à ce moment là pas du tout concernée par la maternité, donc je suppose que j’ai entendu tout ce qu’elle m’a dit mais que cela n’a pas eu d’échos.

⚠️ Je ne veux pas du tout orienter votre choix. Je veux vous partager mon expérience comme mon amie l’avait fait, mais chaque expérience est différente. Ayez-le en tête lors de votre décision. Le plus important est que je vous demande de vous renseigner, et vous parler de mon vécu peut susciter des questions pertinentes lors de vos rdv.

Généralités

En France, 70% des nourrissons sont allaités à leur naissance. Notre pays n’est pas le meilleur dans ce domaine. Au bout de 6 mois, les chiffres chutent considérablement. Mais nous ne sommes pas là pour chercher les réponses.

Sachez simplement que selon certaines conventions collectives et du bon vouloir de votre employeur, vous pouvez reprendre le travail avec des horaires aménagés et compatibles avec les tétés. Renseignez-vous si vous voulez continuer donc 🙂

Pourquoi Allaiter ? 🤷🏾‍♀️ Le lait maternel a la particularité de s’adapter aux besoins de votre enfant, et change en conséquence (texture, couleur peut-être être, et composition assurément). Il contient aussi les anticorps de la maman, ce qui renforce votre nourrisson et les bactéries nécessaires à son estomac (elles sont ajoutées artificiellement dans les laits infantiles grâce au pré/probiotiques).

Le lait maternel est réputé être l’aliment idéal pour l’enfant, avec tout ce dont il a besoin pour grandir : lactose, graisses, protéines, vitamines, eau. L’OMS, l’organisation mondiale de la santé recommande d’ailleurs de ne nourrir le bébé qu’au sein jusqu’à l’âge de 6 mois.

En cas de prothèses mammaires renseignez-vous pour avoir savoir dans quelle mesure allaiter.

J’allaite / J’allaite pas…

Allaiter ou non, je vous conseille d’y réfléchir sérieusement pendant votre grossesse, afin de vous renseigner sur les conséquences bénéfiques et moins bénéfiques (crevasses, seins tombants, montées de lait douloureuses, engorgement, sevrage, adaptation aux heures de travail, manque de sommeil// nutriments pour le bébé, économique, permet de perdre son ventre, voire certains kilos, renforcement du lien maman-bébé). Si un article Avantage // Inconvénients vous intéresse, dites-le moi en commentaires

Rapprochez vous de la conseillère en lactation de votre maternité, mais aussi d’une sage-femme, et de mamans qui ont allaité.

Mon histoire

Pour moi c’était clair, j’ai retenu que mon amie l’avait fait, et j’ai surtout retenu les bienfaits pour mon enfant. Après tout, le rôle d’un parent, à fortiori d’une mère, c’est de mettre toutes les chances du côté de son enfant pas vrai ?

Alors ma décision était ferme. Mais suite à mon accouchement d’urgence, j’ai été admise au service gynéco alors que BabyNoon était 2 étages plus bas en néo natalité. J’allais le voir, mais vu son traumatisme, il était faible et ils l’alimentaient avec une seringue. Il était branché de partout et nous avions le droit de le porter uniquement quand ils nettoyaient la couveuse donc à peine 10 min.

Noon est comme sa maman, il préférait dormir que manger. Il ingurgitait l’équivalent de 5ml les tous premiers jours, et quand il est passé à 30, je vous raconte pas le forcing !

2 jours sont passés sans qu’on me demande ce que je voulais faire en termes d’allaitement. J’ai donc tiré la sonnette et on m’a dit de louer un tire-lait en pharmacie, et de tirer méthodiquement toutes les 3 h. Ma faute a été de ne pas m’être préparée avec une professionnelle à l’allaitement. Il faut dire que j’avais une peur panique d’accoucher, donc comme j’ai considéré cela comme étant le plus gros effort à faire, j’ai omis de m’intéresser à l’allaitement.

Il faut savoir qu’après un accouchement, le peau à peau c’est à dire, le fait de tenir le bébé sur son torse nu, réveille et enclenche des hormones qui se disent « à nous de jouer maintenant ! « . Je n’ai rien eu de tout cela car pour mon corps, je n’ai juste jamais accouché ( rappelez-vous la césarienne d’urgence). Le lendemain je croyais encore sentir BabyNoon bouger c’est vous dire ! J’ai passé ma main sur mon ventre avant de constater qu’il était VIDE. Tout cela pour dire que j’ai eu 0 hormones qui se sont dit OK, c’est à nous de jouer 😶;

Tirer son lait

Tout le lait collecté hors du service néonat était à jeter par soucis d’hygiène. Soucieuse en tous cas d’en avoir la quantité nécessaire quand le moment viendrait, je tirais consciencieusement mon lait.

Il faut savoir aussi que le tire-lait est une machine. Elle ne reproduit pas la sussion d’un nourrisson, elle vous pompe comme une vache à lait. Il y a des modes et des vitesses, et allez savoir ce que j’ai mis; anyway j’ai réussi à me faire saigner.

Quand j’allais en néonat tirer mon lait, Babynoon ne le buvait pas plus que le lait qui lui était administré et un jour, il m’a été conseillé de lui faire téter au sein.

PIIIRE ! je rappelle qu’il est né sans force aucune, et qu’il n’a pas été familier à un acte de sussion, donc lui proposer mon sein gorgé de lait… trop compliqué pour lui. Séance de torture pour moi à tenter d’assouplir mon sein pour lui faciliter la chose.

En plus, il y a une position à connaitre pour allaiter, et nous, nous étions dans sa chambre en néonat, sur un fauteuil dont le dossier s’inclinait à peine. Autant dire que les conditions n’étaient pas optimales :

  • manque d’information sur la méthode
  • trauma du bébé qui a la flemme de manger
  • culpabilité pour moi qui me dit que c’est la moindre des choses que je peux faire pour lui donner toutes les chances de récupérer rapidement

Chemin faisant, j’ai commencé à avoir l’équivalent de fourmillement (mais plus version tremblement de terre) qui signifiaient ce qu’on appelle les montées de lait. Le corps a compris qu’il a un travail a faire. Vous le stimulez toutes les 3h, donc il devient autonome et évacue son lait au rythme que vous lui avez donné.

Les souvenirs que j’ai des montées de lait : Ça réveille, ça fait mal et ça coule ….il faut juste attendre que ça passe 😦

Entre temps, les seins grossissent (c’est très cool) mais jusqu’à un certain point. A force de ne pas pouvoir alimenter Babynoon quand mon corps était prêt, et à tirer mon lait pour me soulager en évacuant le trop-plein, (je pense que ça excitait davantage les glandes mammaires), j’ai fini par avoir un engorgement.

Des seins bodybuildés, violets, avec les veines apparentes, durs comme la pierre et l’impossibilité de bouger ses bras car j’avais une gêne au niveau des aisselles.

Solution 1 de ma maternité : me mettre sous de l’eau chaude dans la douche

Solution 2 : masser mes seins de façon tonique avec les points fermés pour extirper le lait

Solution 3 : on cumule les 2 ères et on met des poches de froid (comprendre des couches mouillées mises au congelo) sur les seins pour « anesthésier » la douleur et réduire la sensation désagréable de chaleur

fin.

Rien ne m’apaise, au contraire les jours passent et ça amplifie; je crains l’infection et je finis par demander la conseillère en lactation pour statuer car je suis perdue entre je veux et je ne veux plus allaiter, mais elle arrive bien trop tard.

Ce qui m’a marqué dans l’allaitement c’est la douleur. Je m’étais préparée à la douleur de l’accouchement à grand renforts d’exercices et de lecture sur le sujet. J’avais réussi à envisager un accouchement naturel, sans péridurale. Et au final, c’est celle de l’allaitement qui m’a achevée !
J’avais beau chercher dans mes souvenirs, je ne me rappelais pas qu’on m’ait dit qu’allaiter serait une nouvelle douleur, à part entière, et après celle de l’accouchement, ma résistance a considérablement diminué. J’étais prête pour une guerre, pas deux et c’est sûrement ce qui a conduit au fait que j’ai décidé de déposer les armes et m’avouer vaincue.

La douleur était multiple : douleur physique, parce que ça fait mal, et mentale à cause de la culpabilité de ne pas tout donner à son enfant est infinie.

L’abandon

Ce n’était pas chose facile d’accepter la défaite. Je me disais que je suis une mauvaise mère de ne pas faire passer le bien-être de mon enfant au dessus de mes maux. J’étais persuadée qu’il avait besoin de moi, et que je n’étais pas à la hauteur.

Mais j’ai trouvé le réconfort auprès de ma maman et ma belle-mère. Elles m’ont rassurée sur le fait que nous n’avons respectivement pas été allaités tant que ça Monsieur Papa et moi; Moi parce que j’ai le même profil que mon fils (je préférais dormir que téter), et monsieur papa, l’admission en crèche a accéléré le sevrage.

Devant ma détresse, une infirmière de néonat a eut les mots que j’avais besoin d’entendre. Venus du personnel soignant, ça corroborait les mots de ma famille et cela m’a ôter les derniers doutes :

Ce n’est pas grave, il ne vas être plus faible pour autant. Si les seuls moments que vous passez avec lui sont des moments de stress pour l’allaitement, c’est ce qui lui fait du mal, pas le fait de ne pas avoir votre lait. Vous avez tout fait, et il ne vous en voudra pas, maintenant les laits sont nourrissants et adaptés, et les prématurés rattrapent leur « retard » et n’ont rien à envier aux autres bébés.

A partir de là, j’ai accepté d’abandonner pour notre bien à tous les 3, soutenue dans ma démarche par mon entourage. J’ai retrouvé mon bonnet de soutien sans trop de dommages mais j’assimile aujourd’hui l’allaitement à de la torture. Car je n’ai malheureusement pas en tête le lien particulier que cela crée avec l’enfant, mais les engorgements et les massages effectués par le personnel avec les poings fermés.

J’ai toutefois une une Brigitte qui avec sa voix douce me massait assidûment calmement mais fermement toutes les 3h comme une infirmière personnelle, mais la douleur ne s’oublie pas.

On décide juste de se concentrer sur le positif pour ne pas ressasser des événements qu’on ne pourra plus changer.

Pour certaines tout s’est bien passé et si pour bébé 2 je surmonte ce trauma, je vous dirai que j’aime voir ses yeux plongés dans les miens, avec sa confiance absolue en moi et ma fierté de le nourrir.

Je sais que c’est beau, mais vous deviez savoir tout cela: la face cachée de l’allaitement. Je reste persuadée que c’est un moment privilégié avec son enfant que j’aurais aimé connaître. Donc je vous encourage à essayer au moins à la naissance 🙂

Pour celles qui ont allaité et réussi, dites-le nous en commentaires afin de rassurer tout de même après ce témoignage pas très encourageant pour l’allaitement. Je compte sur vous !